Your search

In authors or contributors
  • L’histoire est bien connue. En 1833, peu avant que ne débute la saison de la construction, les compagnons charpentiers-menuisiers de Montréal annoncent qu’ils ne travailleront plus au-delà de dix heures par jour, faute de quoi ils recourront à la grève. À la suite d’une victoire partielle auprès des employeurs, le mouvement reprend de plus belle en 1834 et s’étend même aux maçons, aux cordonniers, aux tailleurs et aux boulangers de Montréal. Une alliance de plusieurs maîtres fera toutefois échouer ce mouvement pour la journée de dix heures, dès le mois de mai 1834. Contrairement à ce que prétendait jadis Catherine Vance dans un article de la revue The Marxist Quarterly, rédigé en 1962, nous croyons que l’enjeu de la grève des charpentiers-menuisiers dépassait la seule réclamation de la journée de dix heures. Une enquête approfondie dans les sources nous révèle que nous avons affaire en fait à une lutte de pouvoir entre une nouvelle oligarchie d’entrepreneurs-architectes et une coalition de compagnons et de petits entrepreneurs artisans qui souhaitaient faire reconnaître leur légitimité, dans un contexte où les traditions et les coutumes mutualistes reliées à la pratique du métier de charpentier-menuisier étaient menacées pour la première fois par l’action souterraine de l’économie marchande. Il ressortira de ce conflit deux visions du monde : une conception républicaine du bien commun et de la justice sociale, et une conception libérale du droit de propriété et de l’autorité.

Last update from database: 4/4/25, 4:10 AM (UTC)

Explore