Labour Studies Index

« Travailler la nuit pour voir ses enfants, ce n’est pas l’idéal ! » : Marge de manoeuvre pour concilier vie familiale et horaires atypiques d'agentes et d'agents de nettoyage du secteur des transports

Document type Article
Author Messing, Karen
Author Lefrançois, Mélanie
Author Saint-Charles, Johanne
Journal Relations Industrielles / Industrial Relations
Volume 72
Date 2017
ISSN 0034-379X, 1703-8138
Pages 99-124
URL http://www.erudit.org/fr/revues/ri/2017-v72-n1-ri03039/1039592ar/

Abstract

Les horaires atypiques imposés compliquent la conciliation travail-famille (CTF), particulièrement lorsqu’ils sont associés à un travail impliquant un bas salaire, un faible contrôle sur le travail, ou du temps partiel involontaire. Un nombre grandissant de travailleuses et de travailleurs sont exposés à ces horaires, mais peu d’études se sont intéressées aux stratégies de CTF déployées pour faire face à ces conditions contraignantes. Les seuls accommodements possibles reposent souvent sur des ententes informelles. Ces ententes sont fragiles et individuelles et, de plus, elles sont marquées par les rapports avec un gestionnaire ou des collègues. Elles exercent aussi une pression importante sur le collectif de travail, ce qui peut venir limiter la marge de manoeuvre permettant de concilier les deux réalités, c’est-à-dire l’espace nécessaire afin d’adapter sa tâche en fonction de son contexte et de ses capacités.Notre étude interdisciplinaire (en communication et ergonomie) porte sur les stratégies de CTF d’agentes et d’agents de nettoyage, un emploi comportant des horaires atypiques imposés et un faible niveau de prestige social. Cet article porte sur les facteurs organisationnels et les dynamiques relationnelles qui influencent la marge de manoeuvre d’agentes de nettoyage qui, pour concilier horaires atypiques et vie familiale, font le choix de travailler la nuit.L’analyse des données provenant d’observations et d’entretiens met en évidence l’interaction entre le choix de l’horaire de travail, le soutien des collègues et les rapports liés au genre ainsi qu’à l’ancienneté. En situant les stratégies de CTF au coeur de l’activité de travail, nos résultats permettent d’illustrer les tensions collectives suscitées par l’accommodement des besoins individuels de CTF.Améliorer les marges de manoeuvre visant à concilier vie familiale et horaires atypiques nécessite d’intervenir simultanément sur l’organisation du travail et les dynamiques relationnelles afin de favoriser l’émergence de pratiques collectives de soutien autour des enjeux de CTF. Ces dynamiques doivent être prises en compte lors de la mise en place de mesures organisationnelles, voire même de dispositifs légaux ayant pour but de faciliter la CTF. // Title in English: “Working nights to see your children, it’s not ideal!” Imposed atypical schedules complicate work-family balancing (WFB), particularly when they are associated with low-paid, low control work or involuntary part-time work. A growing number of workers are exposed to such exacting schedules, but few studies have examined the WFB strategies workers use to cope with them. For many, the only possible accommodation available is to make informal arrangements with managers or colleagues. Such agreements are fragile and individual and are characterized by relational dynamics, including power relations. They also put significant pressure on the work collective, which may limit operational leeway for conciliation. In other words, there is little or no room available for people to deploy strategies that will allow them to adapt their work according to the context and their capacities.Our interdisciplinary study combining communication and ergonomics examines WFB strategies in cleaning, a type of precarious employment associated with a low level of social prestige. More specifically, this article discusses the mechanisms influencing leeway available to reconciling atypical work schedules and family in the specific context of night work. Analysis of data from observations and interviews highlights the interactions among the choice of work schedule, the support of colleagues and relationships of gender and seniority. Situating WFB strategies at the heart of work activity, our results illustrate tensions that arise within the work group when individual needs for WFB are accommodated.Improving flexibility to reconcile family responsibilities with atypical work schedules requires simultaneous action on work organisation and on relational dynamics in order to promote collective support systems around the issue of work-life balance. These dynamics must be taken into account in the development of organizational policies and even legal measures in order to facilitate work-life balance.